Jointoyer du carrelage extérieur : le guide pour un résultat qui tient dans le temps

Jointoyer du carrelage extérieur : comment éviter que ça craque au premier hiver ?

Poser du carrelage en extérieur, c’est une chose. Le jointoyer correctement pour qu’il résiste année après année aux intempéries, aux cycles de gel-dégel et aux variations de température, c’en est une autre. Beaucoup de terrasses et d’allées montrent des joints fissurés dès le premier hiver, simplement parce que les règles spécifiques au jointoyage extérieur n’ont pas été respectées.

Ce guide vous donne toutes les clés pour réussir cette étape cruciale, du choix du mortier aux conditions météo à surveiller.

Pourquoi l’extérieur change tout

À l’intérieur, un joint de carrelage vit dans un environnement stable : température constante, pas de pluie, pas de gel. En extérieur, c’est une autre histoire. Les joints subissent :

  • Les cycles gel-dégel : l’eau s’infiltre, gèle, se dilate de 9 % et fait éclater le joint de l’intérieur
  • La dilatation thermique : une terrasse exposée plein sud peut passer de 5 °C la nuit à 55 °C en surface l’été
  • Le ruissellement : l’eau de pluie s’écoule sur et entre les joints, les érodant progressivement
  • Les mousses et lichens : ils colonisent les joints poreux et accélèrent leur dégradation

C’est pourquoi un mortier de jointoiement « classique » d’intérieur n’a rien à faire sur votre terrasse. Il faut un produit spécifiquement conçu pour l’extérieur, avec une souplesse et une résistance au gel adaptées.

Ce qu’il vous faut avant de commencer

🧰 Matériel nécessaire

  • ✅ Mortier de jointoiement extérieur (souple, résistant au gel, classement C2S1 ou C2S2)
  • ✅ Raclette en caoutchouc (joint rubber) — largeur 20 ou 30 cm
  • ✅ Seau de maçon + mélangeur sur perceuse (ou malaxeur)
  • ✅ Éponge à carreleur (type hydro, à grosses alvéoles)
  • ✅ Pulvérisateur à eau (ou tuyau d’arrosage avec brumisateur)
  • ✅ Genouillères (vous allez passer du temps au sol)
  • ✅ Chiffons propres pour le nettoyage final
  • ✅ Brosse à joints (ou vieille brosse à dents pour les finitions)

Choisir le bon mortier : le point clé

C’est là que se joue la durabilité de votre ouvrage. Un mortier de jointoiement extérieur doit impérativement porter la mention « résistant au gel » (norme EN 13888, classement CG2 WA minimum). Les mortiers époxy offrent la meilleure résistance mais coûtent deux à trois fois plus cher et sont plus délicats à poser.

Pour une terrasse standard, un mortier ciment amélioré (type Weber.joint HR ou Mapei Keracolor GG) représente le meilleur rapport qualité/prix. Comptez entre 8 et 15 € le sac de 5 kg, de quoi couvrir environ 3 à 5 m² selon la taille des carreaux et la largeur des joints.

Largeur des joints en extérieur : minimum 4 mm, idéalement 5 à 8 mm. Des joints trop fins ne supporteront pas les mouvements de dilatation et fissurerront rapidement.

Ne jointoyez jamais par temps de pluie, de gel ou de forte chaleur

C’est la règle d’or du jointoyage extérieur. La température idéale se situe entre 10 et 25 °C, sans pluie prévue dans les 24 heures qui suivent. Le gel empêche la prise correcte du mortier, la pluie le délave avant durcissement, et au-dessus de 30 °C le séchage est trop rapide (le joint fissure en surface). Vérifiez la météo sur 48 heures avant de démarrer. En été, privilégiez le matin tôt ou la fin d’après-midi pour éviter l’exposition directe au soleil brûlant.

La méthode pas à pas

Préparer le support : la base de tout

Avant de sortir le mortier, assurez-vous que les joints sont propres et dégagés sur au moins les deux tiers de l’épaisseur du carreau. Retirez tout résidu de colle, de poussière ou d’ancien mortier avec un grattoir à joints ou un tournevis plat. Passez ensuite l’aspirateur pour enlever les débris fins. Humidifiez légèrement les joints au pulvérisateur : un joint sec absorbe l’eau du mortier trop vite et compromet la prise.

Préparer le mortier : la bonne consistance

Versez d’abord l’eau dans le seau, puis ajoutez la poudre progressivement en mélangeant. La consistance visée : celle d’une pâte à tartiner épaisse. Le mortier doit tenir sur la raclette sans couler, mais rester suffisamment souple pour pénétrer dans les joints. Laissez reposer 5 minutes après le mélange (temps de mûrissement), puis remélangez brièvement.

Règle d’or : ne préparez que la quantité utilisable en 20 à 30 minutes. Au-delà, le mortier commence à prendre dans le seau et devient inutilisable.

Appliquer et bourrer les joints

Étalez le mortier en diagonale par rapport aux joints, en appuyant fermement avec la raclette pour forcer le produit au fond des interstices. Travaillez par zones de 1 à 2 m² pour garder le contrôle. Passez la raclette dans les deux sens, toujours en biais, pour remplir complètement chaque joint sans creuser ceux qui sont déjà remplis.

Un joint correctement rempli affleure la surface du carreau. S’il est en creux, l’eau stagnera dedans et le gel fera son œuvre. S’il déborde, le nettoyage sera plus long mais le résultat sera solide.

Nettoyer au bon moment

C’est le timing le plus délicat. Attendez que le mortier commence à « tirer » (il ne colle plus au doigt mais reste tendre — généralement 15 à 30 minutes après l’application). Passez alors l’éponge humide en mouvements circulaires pour retirer l’excédent sur les carreaux. Rincez l’éponge très fréquemment. Un deuxième passage avec un chiffon propre légèrement humide éliminera le voile de ciment résiduel.

Si vous attendez trop, le mortier durcit sur le carreau et nécessite un nettoyage acide. Si vous nettoyez trop tôt, vous videz les joints. Le juste milieu s’apprend vite avec la pratique.

Les joints de dilatation : l’étape que beaucoup oublient

En extérieur, une terrasse de plus de 20 m² a besoin de joints de dilatation périphériques (le long des murs, des seuils, des margelles) et parfois de joints de fractionnement (tous les 20 à 25 m² en pleine surface). Ces joints ne doivent jamais être remplis de mortier rigide. Utilisez un mastic souple polyuréthane ou silicone spécial extérieur, qui absorbera les mouvements de la dalle sans fissurer.

Ignorer cette étape, c’est s’exposer à des fissures en étoile dès que les températures varient. Pour mieux comprendre les enjeux de la gestion de l’eau sur les surfaces extérieures, notre article sur l’aménagement des abords de piscine aborde également la question du drainage et des revêtements adaptés.

Le séchage : patience obligatoire

Après le jointoyage, protégez la surface de la pluie pendant au moins 24 heures (bâche tendue au-dessus, sans contact direct avec les joints). Évitez de marcher dessus pendant 48 heures. Le mortier atteint sa résistance finale après environ 7 jours : pas de meubles lourds, pas de nettoyeur haute pression avant cette échéance.

En période chaude, brumisez légèrement la surface le lendemain pour éviter un séchage trop rapide qui provoquerait des micro-fissures. Ce geste simple fait toute la différence sur la durabilité finale.

Traitez vos joints après séchage complet

Une fois le mortier parfaitement dur (après 7 jours), appliquez un hydrofuge sur l’ensemble de la surface (carreaux + joints). Ce traitement invisible réduit l’absorption d’eau de 70 à 90 %, limitant considérablement les dégâts du gel et le développement des mousses. Comptez 15 à 25 € pour un bidon de 5 L, suffisant pour 15 à 20 m². À renouveler tous les 3 à 5 ans selon l’exposition.

Rejointoyer un carrelage extérieur existant

Si vos joints sont fissurés ou vidés par endroits, il n’est pas nécessaire de tout refaire. Grattez les joints endommagés au minimum sur 5 mm de profondeur avec un grattoir à joints (ou une meuleuse équipée d’un disque diamant fin pour les cas sévères). Aspirez, humidifiez, et rejointoyez uniquement les zones concernées avec le même type de mortier que le joint d’origine pour éviter les différences de teinte.

Les erreurs qui coûtent cher

Utiliser du mortier d’intérieur en extérieur. C’est la cause numéro un de fissuration prématurée. Le mortier d’intérieur n’a pas la souplesse ni la résistance au gel requises. Vérifiez systématiquement l’emballage.

Jointoyer sur un carrelage mal collé. Si les carreaux sonnent creux quand on les tape (bruit sourd au lieu d’un bruit plein), c’est qu’ils sont décollés par endroits. Jointoyer par-dessus ne résoudra rien : les carreaux finiront par se soulever et emporteront les joints avec eux.

Oublier les joints périphériques souples. Un mortier rigide contre un mur ou une margelle est une bombe à retardement. La dilatation différentielle entre la terrasse et les structures fixes provoquera inévitablement des fissures.

Nettoyer au Kärcher trop tôt (ou trop fort). Le nettoyeur haute pression est l’ennemi des joints frais. Et même sur des joints anciens, une pression trop élevée (à plus de 100 bars) érode le mortier. Utilisez plutôt une brosse et de l’eau savonneuse pour l’entretien courant, et réservez le Kärcher (buse large, pression modérée) aux nettoyages ponctuels.

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